Prête-moi ta plume

  • Les avocats, par Piero Calamandrei

    Les avocats, par Piero Calamandrei, Editions de la revue Conférence, 2017, 38 p., 19 €.

    « Mais les avocats de Chiapelli sont plus proches de la vie quotidienne et visible : ce sont les avocats de notre société en liquidation, les avocats d’une bourgeoisie qui se défait. Regardez avec quelle négligence ils portent la toge ; il n’y en a pas un qui la tienne fermée, scellée par le rabat comme le voudrait le style ; ils n’ont pas connu l’époque où le président aurait chassé de la salle le défenseur malappris qui eût laissé voir par l’entrebâillement de la toge une veste de couleur claire, ou l’eût interrompu, si dans le feu de sa harangue la toge s’était ouverte, pour lui dire sévèrement : « Monsieur, arrangez-vous un peu. » Et voici au contraire ici, animés et bavards, les avocats mal fagotés de notre temps : débraillés et négligés, avec des vestes écossaises et des gilets fantaisie débordant sans pudeur de leur défroque noire abandonnée sur les épaules et prête à glisser. Ce ne sont pas les avocats cruels définitivement stylisés par Daumier ; ce sont des gens sans façons, plus commun mais plus proches de nous … ».

  • De l'ardeur. Histoire de Razan Zaitouneh, avocat syrienne, par Justine Augier

    De l’ardeur. Histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne, par Justine Augier, Actes Sud, 2017, 320 p., 21,80 €.

    « Quiconque s’est levé contre les violations commises par le régime, avant même le début de la révolution, doit faire la même chose quant aux violations commises dans nos prisons. Nous n’accepterons pas l’injustice, ne revêtirons pas le même vêtement de déshonneur, ni ne construirons notre pays sur des montagnes de crânes. Nous allons le faire sur des bases saines, chacun devra répondre de ses actes et la vengeance véritable se trouve dans la bonne mise en œuvre de la justice ».

    C’est l’histoire d’une opposante, d’une défenseuse des droits de l’homme, d’une femme, d’une héroïne, d’une surfemme, d’une martyre, d’une avocate.

    Razan Zaitouneh a disparu le 9 décembre 2013, sans doute enlevée par les hommes d’une faction opposante syrienne rivale (Islam Alloush, selon toute vraisemblance), sans doute exécutée, avec trois de ses compagne et compagnons, car il aura fallu faire disparaître toute trace d’une bavure impardonnable.

  • Témoins à charge, par Jean-Michel Lambert

    Témoins à charge, par Jean-Michel Lambert, De Borée, Marge noire, 2017, 346 p., 19,90 €.

    « Maintenant, tu sais tout. J’ai trahi tous les idéaux et valeurs auxquels j’étais attaché. J’espère que tu penseras à moi quand tu te battras pour aller au-delà des apparences et vérités judiciaires. Adieu ».

    « Madame Bovary, c’est moi ».

    Est-ce bien le bâtonnier Paul Luguaire, associé de Guillaume Tirel, avocat pénaliste manceau dans la force de l’âge, qui prononce ces paroles définitives ? N’est-ce pas plutôt Jean-Michel Lambert lui-même ?

    pour la suite de cet article : https://gallery.mailchimp.com/d552fd66716b81b8fb8f922cc/files/7e009802-b...

  • L'intérêt de l'enfant, par Ian McEwan

    L’intérêt de l’enfant, par Ian McEwan, Gallimard, 2015, réédité dans la collection folio, 2017, 238 p., 7,2 €.

    « D’accord. Une rixe entre adultes consentants. A quoi bon remplir les prisons de types comme eux ? Gallagher a donné deux coups de poing sans conséquence et lancé une canette de bière. Deux ans et demi de détention. La mention « coups et blessures volontaires » portée sur son casier judiciaire, pour des délits dont personne ne l’a accusé. Ils l’envoient dans cette unité pour jeunes délinquants, tu sais, dans la prison de Belmarsh. Je suis allé là-bas plusieurs fois. D’après leur site web, il y a une « centre de formation ». Foutaise ! J’ai eu des clients enfermés dans leur cellule vingt-trois heures sur vingt-quatre. Chaque semaine, des cours sont annulés. Manque de personnel, disent-ils. Ce Cranham avec son air faussement las, qui se prétend trop irritable pour écouter qui que ce soit. Qu’est-ce qu’il en a à faire du sort de ces garçons ? Jetés dans des pourrissoirs où ils s’aigrissent, deviennent de vrais délinquants … ».

  • Les francs-maçons sous l'occupation, par Emmanuel Pierrat

    Les francs-maçons sous l’occupation, entre résistance et collaboration, par Emmanuel Pierrat, Albin-Michel, 2016, 365 p., 24,70 €.

    « Monsieur le Bâtonnier,

    Je suis appelé. Je vais probablement mourir. Je suis venu ici comme avocat. Je mourrai, j’espère dignement, pour ma Patrie, ma Foi et mon Ordre.

    Dites à mes confrères que je les remercie des honneurs qui ont accompagné ma vie professionnelle.

    J’en emporte une juste fierté.

    Je vous recommande mon fils.

    Je finirai en soldat de la France et du droit que j’ai toujours été ».

    Pierre Masse était sénateur, avocat, fils d’avocat, petit-fils de bâtonnier. Son frère est mort au champ d’honneur en 1916, comme son gendre et son neveu, en 1940.

    Mais il était aussi juif. Il est mort à Auschwitz, après avoir été arrêté le 21 août 1941, dans une des rafles qui précédèrent celle, tristement célèbre, du Vel d’hiv’.

    C’est du camp de Drancy qu’il écrit cette dernière lettre. Il mourra debout, comme combien de ses compatriotes.

    Emmanuel Pierrat nous livre son portrait, son histoire, ainsi que celles de dix autres acteurs de cette horrible guerre. Ils sont tous liés à la franc-maçonnerie, soit qu’ils la combattirent, soit qu’ils la servirent. Les régimes nazi et vichyste tentèrent en effet de l’éradiquer. Il leur fallait abattre le « complot judéo-maçonnique » …

  • Crime d'innocence, par Antoinette Chahine

    Crime d’innocence, par Antoinette Chahine, Editions Dar An-Nahar, 2007, 136 p., 13€.

     

    « Je livre ce témoignage comme une goutte d’eau à la mer. Puisse-t-il donner courage à ceux qui n’espèrent plus. Puisse-t-il servir à changer les mentalités dénaturées dans ce pays que la guerre broie encore en sourdine, où l’on frappe pour un oui, pour un non, où l’on torture encore en secret, où l’intolérance n’a pas encore fini de faire ses ravages. Puisse-t-il permettre à mes enfants Joya et Rawad de vivre des jours meilleurs. Les souffrances de leur mère en seraient merveilleusement justifiées ».

    1994. Antoinette Chahine a 22 ans. Elle est étudiante en droit à l’Université de Beyrouth. Elle est la benjamine d’une famille chrétienne qui comprend huit enfants. Ils vivent à Kfarhabida, un petit village au nord de Beyrouth. Son frère Michel, de vingt et un ans son aîné, a été tué quelques années plus tôt. Il était gendarme. Depuis, bien sûr, ses frères Antoine et Jean militent au sein de leur communauté, dans un pays où la guerre n’a de cesse. Les accords de Taëf ont impliqué la dissolution des milices. Jean est donc devenu hors-la-loi. Il s’est exilé en Australie.

  • Kilissa, par Marie-Bernadette Mars

    Kilissa, par Marie-Bernadette Mars, Academia – L’Harmattan, 2016, 110 p., 12,5 €.

    « Ils auraient pu interpréter n’importe quel détail, n’importe quel phénomène à leur avantage, ils étaient capables de saisir une opportunité, de la créer pour en faire une justification de leurs actes. Je crois que c’est ce jour-là que j’ai compris tout à fait combien ceux qui avaient le pouvoir trouvaient des ressources pour utiliser la religion et s’en servir pour gagner les hommes à leur cause ».

    Atrée et Thyeste tuent Chrysippe, leur demi-frère. Thyeste viole sa fille Pelopia, qui épouse Atrée. Agamemnon et Ménélas, les fils d’Atrée, s’exilent à Sparte. Paris enlève Hélène à Ménélas. Agamemnon, pour conjurer le sort qui cloue la flotte grecque au port, sacrifie sa fille ainée, Iphigénie, en l’attirant dans un traquenard. Clytemnestre, la femme d’Agamemnon (et la sœur d’Hélène), prend pour amant, pendant la guerre de Troie, Egisthe, le fils de Pelopia. Avec lui, elle tue Agamemnon lors de son retour. Oreste, fils d’Agamemnon et Clytemnestre, tue Clytemnestre, avec l’aide de sa sœur, Electre.

    lire la suite ...

  • Directs du droit, par Eric Dupont-Moretti

    Directs du droit, par Éric Dupont-Moretti et Stéphane Durand-Soufflant, Michel Lafon, 2017, 250 p., 20,40 €.

    « Nous avons tous des secrets, même des petits secrets. Ils font partie de notre humanité et ne regardent personne. Je suis résolument opposé à la transparence. Je refuse de devenir, à cause de la loi, un être transparent. Les palais de justice doivent se calfeutrer pour que les assauts du moralisme restent à leur porte. Mais l’époque n’est pas à ce discours. Les attentats islamistes qui ensanglantent la France sont instrumentalisés par les responsables politiques et je crains qu’une majorité de mes contemporains ne voient pas le danger qu’il y a à abandonner une once des libertés conquises de haute lutte au fil des siècles ».

    On ne pourrait mieux dire …

    Le tandem Dupont-Durand reprend la plume (bon, peut-être le dictaphone) pour nous livrer les réflexions sur la justice pénale du plus médiatique des avocats pénalistes français. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Au détour (décours ?) des grandes (Outreau, les écoutes Sarkozy - Herzog, …) comme des petites affaires, il passe à la sulfateuse les indigences de ces petits juges d’instruction sans expérience ni épaisseur qui détruisent des vies plus surement encore que les criminels qu’ils sont chargés de démasquer ou les fanfaronnades de ces présidents d’assises infatués qui jouent avec des destins au nom d’on ne sait quelle conception de la morale.

  • Les femmes et la justice, par Emmanuel Pierrat

    Les femmes et la justice, par Emmanuel Pierrat, La Martinière, 2016, 176 p., 39,9 €.

    « Robe sur robe ne vaut ».

    Les avocates, je connais un peu. Ma grand-mère, ma mère, ma sœur, ma femme et ma fille sont, ou furent, toutes avocates. C’est dire si je suis bien entouré. Dans le parcours de ma grand-mère, Julia Grand’ry, qui fut la deuxième à prêter serment à Liège, le 15 novembre 1927, je vois bien des similitudes avec les destins de Jeanne Chauvin, de Sophie Balachowsky-Petit, d’Hélène Miropolsky, de Marguerite Dilhan ou de Maria Vérone, les premières avocates françaises, qui la précédèrent de vingt ans. Il fallut se frayer un chemin dans ce monde exclusivement masculin, voire machiste et, donc, subir de petites vexations et de grossiers affronts.

  • On ne peut éternellement se contenter de regarder les cadavres passer sous les ponts, par Eric de Montgolfier

    On ne peut éternellement se contenter de regarder les cadavres passer sous les ponts, par Éric de Montgolfier, Cherche-Midi, 2017, 59 p., 8,20 €.

    « Mais, pour l’honneur de la République, il vaudrait mieux qu’aucun des candidats à sa présidence ne soit un délinquant. Si la femme de César devait être plus vertueuse que celui-ci, il resterait à rêver d’un code de déontologie pour celui dont la fonction exclut indiscutablement le soupçon ».

    Un jour, cela fait déjà un temps, Michel Franchimont a cité au jeune coq, va-t-en-guerre voire boutefeu, que j’étais (et suis peut-être encore un peu ?) cette maxime de Lao Tseu :  Si tu as un ennemi, assieds-toi au bord du fleuve, tu y verras passer son corps.

    L’ami Bernard me rappelle souvent que, lorsque je lui avais raconté cet épisode, j’avais ajouté, un peu énervé, que si chacun s’asseyait au bord du fleuve, on n’y verrait pas passer beaucoup de corps.

    C’est manifestement ce que s’est dit Éric de Montgolfier, ancien Procureur de la république à Nice et grand pourfendeur de la corruption, lorsqu’il a pris la plume pour nous faire partager ses états d’âme. Ce pamphlet a été écrit alors que les primaires de la droite battaient leur plein. Il n’imaginait sans doute pas que ce n’est pas celui auquel il pensait qui l’emporterait, ni que sa femme s’appelle Pénélope …

    Lire la suite

Pages