Prête-moi ta plume

  • Les femmes et la justice, par Emmanuel Pierrat

    Les femmes et la justice, par Emmanuel Pierrat, La Martinière, 2016, 176 p., 39,9 €.

    « Robe sur robe ne vaut ».

    Les avocates, je connais un peu. Ma grand-mère, ma mère, ma sœur, ma femme et ma fille sont, ou furent, toutes avocates. C’est dire si je suis bien entouré. Dans le parcours de ma grand-mère, Julia Grand’ry, qui fut la deuxième à prêter serment à Liège, le 15 novembre 1927, je vois bien des similitudes avec les destins de Jeanne Chauvin, de Sophie Balachowsky-Petit, d’Hélène Miropolsky, de Marguerite Dilhan ou de Maria Vérone, les premières avocates françaises, qui la précédèrent de vingt ans. Il fallut se frayer un chemin dans ce monde exclusivement masculin, voire machiste et, donc, subir de petites vexations et de grossiers affronts.

  • On ne peut éternellement se contenter de regarder les cadavres passer sous les ponts, par Eric de Montgolfier

    On ne peut éternellement se contenter de regarder les cadavres passer sous les ponts, par Éric de Montgolfier, Cherche-Midi, 2017, 59 p., 8,20 €.

    « Mais, pour l’honneur de la République, il vaudrait mieux qu’aucun des candidats à sa présidence ne soit un délinquant. Si la femme de César devait être plus vertueuse que celui-ci, il resterait à rêver d’un code de déontologie pour celui dont la fonction exclut indiscutablement le soupçon ».

    Un jour, cela fait déjà un temps, Michel Franchimont a cité au jeune coq, va-t-en-guerre voire boutefeu, que j’étais (et suis peut-être encore un peu ?) cette maxime de Lao Tseu :  Si tu as un ennemi, assieds-toi au bord du fleuve, tu y verras passer son corps.

    L’ami Bernard me rappelle souvent que, lorsque je lui avais raconté cet épisode, j’avais ajouté, un peu énervé, que si chacun s’asseyait au bord du fleuve, on n’y verrait pas passer beaucoup de corps.

    C’est manifestement ce que s’est dit Éric de Montgolfier, ancien Procureur de la république à Nice et grand pourfendeur de la corruption, lorsqu’il a pris la plume pour nous faire partager ses états d’âme. Ce pamphlet a été écrit alors que les primaires de la droite battaient leur plein. Il n’imaginait sans doute pas que ce n’est pas celui auquel il pensait qui l’emporterait, ni que sa femme s’appelle Pénélope …

    Lire la suite

  • Défense Légitime, par Véronique Sousset

    Défense légitime, par Véronique Sousset, Éditions du Rouergue, 2017, 135 p., 16 €.

    "Quiconque lutte contre un monstre devrait prendre garde dans le combat à ne pas devenir monstre lui-même. Et quant à celui qui scrute le fond de l'abysse, l'abysse le scrute à son tour".

    C'est pas du Bashung, ça mon pote, c'est du Nietzsche (et ça, c'est du Renaud).

    Pourquoi défendre un monstre, celui qui a commis l'innommable, l'indicible, le pire : tuer son propre enfant, sa petite fille, en lui fracassant la tête contre une baignoire, après une escalade de cruautés ?

    "Parce que tout être humain à le droit d'être défendu au nom des lois de la République, de ses valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Et si défendre n'était pas excuser, ni trouver des circonstances atténuantes, mais expliquer, donner du sens, guider sur le chemin escarpé de la vérité, pour juger en connaissance de cause, surtout quand la peine encourue est lourde ? ... Et s'il n'y avait pas de monstre, juste un homme, derrière la monstruosité des faits ?"

    Véronique Sousset a d'abord été directrice de prison, avant de passer de l'autre côté des barreaux. Elle était avocate depuis peu lorsqu'elle a accepté d'être commise d'office pour défendre ce père infanticide dont le seul nom suffisait à révulser toute sa ville, en ce compris ses codétenus. Elle témoigne.

  • Hong Kong blues, par Alain Berenboom

    Hong Kong blues, par Alain Berenboom, Genèse édition, 2017, 317 p., 23,50 €.

    « Les exigences de la procédure sont parfois tortueuses … Autrement dit, la justice est incompréhensible. Comme dans tout pays civilisé ! Si vous vous retrouvez en prison, pas d’inquiétude, ce sera pour de bonnes raisons … ».

    Ce n’est pas un roman policier. Oui, il y a une morte, un commissaire et une enquête. Mais ils ne sont ni les personnages principaux, ni le véritable ressort de l’histoire. Les personnages principaux ce sont, d’abord, Marcus Deschanel, écrivain plus ou moins raté (plutôt plus que moins d’ailleurs : si son premier roman lui a valu une certaine notoriété, depuis, il court derrière son passé) qui échoue un peu par hasard à Hong Kong, et puis celle-ci même, cette ville coincée entre deux empires, deux civilisations, comme enserrée dans un étau.

    À peine arrivé à Hong Kong, Marcus s’est fait voler son passeport. Et il est reparu quelques heures plus tard, dans le sac à main d’une jeune manucure assassinée … Le voici donc coincé là-bas, avec très peu d’argent, un avocat qui semble juste bon à faire tourner son time sheet et, pour tout soutien, une aussi énigmatique qu’évanescente policière qui, d’une façon surprenante, semble l’avoir pris en sympathie. À moins que … ?

  • Récit d'un avocat, par Antoine Bréa

    Récit d’un avocat, par Antoine Brea, Québec, Le Quartanier, 118 p., 13 €.

    « De toute façon, il faut le reconnaître, j’étais dans un état de grande nervosité. J’allais entrer pour la première fois en prison et me tenir en présence d’un assassin. L’idée m’impressionnait et en même temps me plaisait ».

    Un jeune avocat se voit chargé d’assurer la défense d’un kurde, condamné – une quinzaine d’années plus tôt – à trente ans de prison pour un assassinat atroce. Il craint d’être renvoyé en Turquie à l’issue de sa détention, certain qu’il y serait attendu par un comité d’accueil qui n’aurait rien de charmant.

    Cette mission va fortement l’ébranler. Que peuvent réellement un avocat, la justice, le droit, pour un criminel de droit commun immigré, isolé, coupé de toutes ses racines ?

    Il y a une petite musique interne dans ce livre, faite de mélancolie, de solitude et de désespérance.

  • Tabou, par Ferdinand von Schirach

    Tabou, par Ferdinand von Schirach, Gallimard, 2016, 227 p., 19 €.

    « Tu ne comprends donc pas ? Je faisais fausse route. La beauté n’est pas la vérité… La vérité est atroce, elle a l’odeur du sang et des excréments. Elle est le corps éventré, elle est la tête arrachée de mon père ».

    Ainsi se termine Vert, le premier des quatre volets de ce conte (plutôt que roman à mon estime).

    Sebastian von Eschburg avait dix ans quand son père s’est tiré une salve de chevrotines dans la tête. Il est devenu un homme peu sociable, peu cernable, mais aussi un photographe réputé, dont les œuvres s’arrachent à des prix très élevés. La dernière est inspirée par un travail de Sir Francis Galton qui, au début du XIXe siècle, tenta d’isoler les caractéristiques physiques du mal en superposant et fusionnant les photos de nombreux criminels. Il n’obtint que le même résultat que Sebastian lorsque celui-ci fit de même en superposant les corps de dix-huit jeunes femmes : l’image de la beauté.

    Pour lire la suite

  • En cause Alfred Dreyfus contre La légion du déshonneur

    En cause de Alfred Dreyfus contre La légion du déshonneur, par Roger Lorent et Christian Jassogne, UMons, CIPA, 2015, 252 p., 10 € (à commander par courriel à CIPA@umons.ac.be).

    « Aucun de nous ne peut dire qu’il n’y aura plus d’affaire Dreyfus… Parce que nous devons être à chaque instant sur le qui-vive, restons perpétuellement méfiants. Écartons les apparences, discutons les évidences, récusons les bonnes consciences. C’est parce que l’erreur est la compagne invisible et obstinée de la justice que je me suis attardé … dans l’ombre discrète d’un forçat qui était innocent ».

    « Si le milieu professionnel en charge d’une enquête est trop homogène, le risque de la pensée unique transformant une hypothèse en présomption puis en conviction, est important et celui qui se place à contre-courant traverse inévitablement des moments difficiles… ».

    Au moment où j’écris ces lignes, s’ouvre à Istanbul le procès d’Asli Erdogan, à Pékin celui de Jiang Tianyong, à Bujumbura celui de nos confrères Armel Niyongere, Lambert Nigarura, Dieudonné Bashirahishize et Vitale Nshimirimana. Et Ali Shariati et Arash Sadegi, deux pacifistes iraniens, en sont à leurs 70e et 62e jours de grève de la faim dans leurs geôles. Tout comme Raif Badawi en Arabie Saoudite. Quelques noms parmi, malheureusement, beaucoup d’autres…

  • #Advocaat / Avocat

    #Advocaat – Avocat, sous la direction de Jean-Pierre Buyle et Dominique Matthys, Larcier, 2016, 366 p., 75 €.

    « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ».

    Cette phrase est d’Albert Camus. Et ce sont François Glansdorff et Jean-Marie Defourny, les deux premiers présidents d’AVOCATS.BE, qui nous l’offrent, comme une devise.

    Pour les 15 ans des Ordres communautaires, Jean-Pierre Buyle et Dominique Matthys nous livrent ce que l’on peut appeler un « beau livre », enrichi par de nombreuses photographies et reproductions de documents d’époque.

    Pour lire la suite de cette recension,

  • Procédure sauvage, par Vincent Malacor

    Procédure sauvage, par Vincent Malacor, éditions Thomas Mols, 2008, 178 p., 18,5€.

    « Voici qu'on prétend sauver la démocratie en bannissant des mots. Des zones de pensée sont désormais interdites, des convictions prohibées. La liste des idées politiquement correctes se réduira bientôt aux seules fonctions alimentaires. Puis, un beau matin ce sera le silence. Un silence cloué sur les portes d'un parlement désert, tous les mots occultés, les rouages du pouvoir soudés dans les ténèbres ».

    Voici quelques-unes des phrases (aphorismes ?) qui émaillent ce « simple petit polar » écrit par Vincent Malacor, alias Vincent Van den Bosch, avocat bruxellois né à Anvers en 1938, décédé en 2009, quelques mois après sa parution.

    C'est dire qu'au-delà de cette histoire, aux traits parfois un peu forcés, de la journée d'un avocat décidé, contre toute raison, à défier la raison d'Etat, il y a une réflexion puissante sur la fonction de l'Etat, de la justice, de la vérité, une remarquable mise en contexte des rôles des juges et des avocats.

    C'est écrit avec une grande élégance, un extraordinaire sens de la formule. Mais aussi nourri d'expérience. En faut-il plus pour qu’un bouquin rende autant de plaisir ?

    Et, finalement, qui sait s'il n'y a pas dans cette histoire sincère plus de vérité que l'auteur lui-même ne le croyait.

  • Je ne pense plus voyager, par François Sureau

    Je ne pense plus voyager, par François Sureau, Gallimard, 2016, 156 p., 15 €.

    « Les hommes qui ne croient pas en Dieu s’éprennent de mille billevesées, Tertullien l’avait déjà dit, et l’on peut facilement adorer son pays, l’État, l’armée, le corps des ingénieurs des ponts, l’entreprise, le marché ou même le droit. « J’ai fondé ma cause sur rien », écrivait Stirner, et il nous donnait ainsi notre devise . Ce rien-là finit toujours par se déployer en banderoles chatoyantes … ».

    Quels poids dans ces mots. Et comme ils résonnent en ce début de siècle qui a perdu la tête.

    Pour son dernier ouvrage , consacré par le prix Combourg-Chateaubriand 2016, François Sureau a choisi de nous livrer une nouvelle biographie d’un célèbre radical, Charles de Foucauld, assassiné dans des circonstances troubles en 1916, à Tamanrasset aux confins du Sahara.

    Pour la lire la suite

Pages