Suivez mes commentaires sur l'actualité de la justice et des barreaux

  • Panthères, par Valentine Vendôme

    Panthères, par Valentine Vendôme, Paris, Michel Lafon, 2026, 336 pages, 18,95 euros.

    La mort rode. La panthère arrive, mais ce n’est pas toi qu’elle attaquera. Tu ne veux pas voir la vérité parce qu’elle fait écho à ta blessure. Quelqu’un d’autre entre dans ta vie, mais tu risques de tout saboter. Je ne sais pas si tu triompheras. Mais, si c’est le cas, tu devras abandonner quelque chose qui compte pour toi en échange.

    Un double meurtre a été commis. Un enfant a été sauvagement poignardé. Puis le corps nu de sa mère a été retrouvé dans un bois, à proximité d’un club équestre. Il ne porte pas de trace de violences. Tout juste une minuscule marque de piqure entre deux orteils.

    Maxime Saint-Clair, vice-procureure à Melun, est chargée de l’affaire. Comme le souligne Michel Houellebecq, qui préface ce polar original, le point de vue adopté, celui du ministère public, fait l’intérêt de ce roman. Ce n’est pas souvent que le narrateur est une proc’.

    Le suspense ne durera qu’une bonne moitié du livre. Ce n’est pas le but principal de l’autrice qui, comme son personnage principal, est substitute en région parisienne.

    La vie personnelle de notre héroïne (?), principalement faite d’aventures sexuelles frénétiques et sans perspectives d’avenir, mais aussi hantée par une blessure cachée, se mêle à son enquête, y interférant à plusieurs reprises. C’est sans doute le vrai sujet de cet ouvrage.

  • Justice et IA : une enquête critique, par Manuela Cadelli

    Justice et IA : une enquête critique, par Manuela Cadelli, Louvain-la-Neuve, Larcier Intersentia, 2025, 268 pages, 50 euros.

    Voici comment l’IA m’a répondu lorsque je lui ai demandé de me résumer le nouvel opus de Manuela Cadelli en 15 phrases. Inutile de préciser que, pour me fournir cette réponse, il lui a fallu (beaucoup) moins de temps qu’il ne m’en avait fallu pour dactylographier la question…

    « Ils pouvaient le faire. Alors, ils l’ont fait ». Cette phrase, extraite du film de Ridley-Scott Prometheus, ne résume-t-elle pas l’histoire de l’humanité, comme le mythe du même nom[1] ?

    Est-il vain de s’opposer aux développements de l’IA et de son utilisation ou avons-nous le devoir d’y résister ?

    Résister c’est-à-dire renoncer à l’utilisation des algorithmes et le revendiquer au nom d’une morale renouvelée que certains auteurs qualifient d’éthique du non usage d’abord pour voir préserver les acquis du mode d’existence de la justice et de son exercice responsable, je veux dire en pleine conscience et pleine possession des facultés cognitives nécessaires ; ensuite pour faire barrage à ce front de modernisation rationaliste et chiffrée dénoncé par Bruno Latour.

  • L'incroyable histoire des grands procès, par Jane Salmon-Fabiani et Philippe Bercovici

    L’incroyable histoire des grands procès, par Jane Salmon-Fabiani et Philippe Bercovici, Paris, Les Arènes BD, 2025, 312 pages, 26 euros.

    Que demandons-nous ? Rien autre chose que la Justice ne soit pas muette comme elle est aveugle. Y a-t-il une plus exécrable tyrannie que de verser le sang à son gré sans en rendre la moindre raison ? Ce n’est pas l’usage ! disent les juges. Eh ! Monstres, il faut que cela devienne l’usage ! Vous devez compte aux hommes du sang des hommes.

    C’est par ces mots que Voltaire demanda la révision du procès de Jean Calas, injustement condamné à mort (il fut roué puis brulé) pour le meurtre de son fils Marc-Antoine qui, selon toute vraisemblance, s’était suicidé. Mais voilà, Calas était protestant…

    L’affaire Calas mérite incontestablement de figurer dans un recueil consacré aux grands procès (il ne s’agit d’une « incroyable histoire » que parce que cette bande dessinée fait partie d’une collection dont tous les titres commencent par ces mots ; ils sont ici un peu incongrus).

    Des grands procès qui ont marqué l’histoire, Jane Salmon-Fabiani, avocate au barreau de Paris, en a sélectionné une bonne cinquantaine. Le premier est le jugement de … Salomon. Il est suivi des procès de Socrate, de Verrès et de Jésus. Puis l’histoire défile, jusqu’à Charlie-Hebdo.

  • Quand les avocats font l’histoire, par Emmanuel Pierrat

    Quand les avocats font l’histoire, par Emmanuel Pierrat, Paris, Albin Michel, 2022, 350 pages, 21,90 euros.

    Oui, c’est une noble et sainte mission que la nôtre, quand un homme est innocent, quand il est abandonné par les siens, renié par ses amis, maudit par tout le monde, de se placer près de lui et de le défendre, comme le prêtre qui s’attache au patient, et qui, à travers la clameur du peuple l’accompagne jusque sur l’échafaud et le renvoie absous devant Dieu ! Eh bien ! moi je m’attache à cet homme innocent ; au milieu des préventions et des murmures, j’élève la voix pour lui, et le renvoie absous devant les hommes… Et, vous, à votre tour, vous maintenant, messieurs, allez remplir votre devoir.

    C’est par ces mots que Chaix d’Est-Ange conclut, en 1835, sa plaidoirie pour Émile de La Roncière, lieutenant accusé du viol de la fille d’un autre militaire. Il sauvera la tête de son client mais celui-ci n’échappera pas à une condamnation à dix ans de prison.

  • Temps difficiles pour le droit, par François Ost

    Temps difficiles pour le droit, par François Ost, Louvain-la-Neuve, Bruylant, 2026, 244 pages, 70 euros.

    Il y a dix ans, François Ost écrivait un remarquable essai : À quoi sert le droit ? Il a suscité de nombreux commentaires et études. Mais, au moment de reprendre son ouvrage en vue d’une réédition, alors qu’il s’engageait dans la rédaction d’une préface, l’auteur a constaté que nous avions changé de monde. 2016 : année du Brexit et de la première élection d’un certain Donald. Ce qui était (encore plus ou moins) vrai il y a dix ans ne l’est plus aujourd’hui.

    Cet ouvrage en est, en quelque sorte, une photographie. Notre société a dû, pendant cette décennie, affronter la Covid, la guerre en Ukraine, la crise de Gaza (au moment où l’ouvrage a été terminé, il n’était encore question ni de l’enlèvement de Maduro, ni d’attaques contre l’Iran). Et, si nous regardons moins loin, en restant dans les frontières étriquées de notre petit pays, les constats ne sont guère plus réjouissants. Il n’y a plus d’argent que pour acheter des armes, la surpopulation carcérale a atteint des niveaux qui écrasent tous les records. Et, surtout, du point de vue qui nous occupe, l’État a pris le pli de ne plus respecter ni les lois qu’il a lui-même promulguées, ni les décisions de justice qui tendent à le contraindre à les appliquer, n’hésitant pas à saper nos fondements constitutionnels.

Pages