Suivez mes commentaires sur l'actualité de la justice et des barreaux

  • Quand les avocats font l’histoire, par Emmanuel Pierrat

    Quand les avocats font l’histoire, par Emmanuel Pierrat, Paris, Albin Michel, 2022, 350 pages, 21,90 euros.

    Oui, c’est une noble et sainte mission que la nôtre, quand un homme est innocent, quand il est abandonné par les siens, renié par ses amis, maudit par tout le monde, de se placer près de lui et de le défendre, comme le prêtre qui s’attache au patient, et qui, à travers la clameur du peuple l’accompagne jusque sur l’échafaud et le renvoie absous devant Dieu ! Eh bien ! moi je m’attache à cet homme innocent ; au milieu des préventions et des murmures, j’élève la voix pour lui, et le renvoie absous devant les hommes… Et, vous, à votre tour, vous maintenant, messieurs, allez remplir votre devoir.

    C’est par ces mots que Chaix d’Est-Ange conclut, en 1835, sa plaidoirie pour Émile de La Roncière, lieutenant accusé du viol de la fille d’un autre militaire. Il sauvera la tête de son client mais celui-ci n’échappera pas à une condamnation à dix ans de prison.

  • Temps difficiles pour le droit, par François Ost

    Temps difficiles pour le droit, par François Ost, Louvain-la-Neuve, Bruylant, 2026, 244 pages, 70 euros.

    Il y a dix ans, François Ost écrivait un remarquable essai : À quoi sert le droit ? Il a suscité de nombreux commentaires et études. Mais, au moment de reprendre son ouvrage en vue d’une réédition, alors qu’il s’engageait dans la rédaction d’une préface, l’auteur a constaté que nous avions changé de monde. 2016 : année du Brexit et de la première élection d’un certain Donald. Ce qui était (encore plus ou moins) vrai il y a dix ans ne l’est plus aujourd’hui.

    Cet ouvrage en est, en quelque sorte, une photographie. Notre société a dû, pendant cette décennie, affronter la Covid, la guerre en Ukraine, la crise de Gaza (au moment où l’ouvrage a été terminé, il n’était encore question ni de l’enlèvement de Maduro, ni d’attaques contre l’Iran). Et, si nous regardons moins loin, en restant dans les frontières étriquées de notre petit pays, les constats ne sont guère plus réjouissants. Il n’y a plus d’argent que pour acheter des armes, la surpopulation carcérale a atteint des niveaux qui écrasent tous les records. Et, surtout, du point de vue qui nous occupe, l’État a pris le pli de ne plus respecter ni les lois qu’il a lui-même promulguées, ni les décisions de justice qui tendent à le contraindre à les appliquer, n’hésitant pas à saper nos fondements constitutionnels.

  • Pia Perricci, avocate en danger

  • Plaidoyer pour la rhétorique, par Maurice Garçon

    Plaidoyer pour la rhétorique, par Maurice Garçon, Paris, Les belles lettres, 2026, 396 pages, 25,90 euros.

    Le véritable orateur n’obéit à aucune règle absolue. Tout en connaissant les ressources de son art et en les utilisant opportunément, c’est dans son génie propre qu’il trouve le moyen de créer l’œuvre de valeur.

    Quel que soit son talent, il ne peut cependant ne pas tenir compte de l’expérience de ceux qui ont poussé si loin l’étude de la rhétorique. Si aucune règle ne s’impose irrévocablement, leur connaissance facilite singulièrement l’effort créateur. Beaucoup de problèmes sont résolus à l’avance. Bien des difficultés sont aplanies. L’avocat qui ignorerait les procédés oratoires élémentaires, qui s’apprenaient jadis à l’école, demeurerait toujours un apprenti et ne sortirait pas d’une déplorable médiocrité.

    Quelle bonne idée d’avoir réédité l’Essai sur l’éloquence judiciaire de Maurice Garçon, qui fut certainement un des plus exceptionnels plaideurs du XXe siècle !

     

  • Contes illustrés de la responsabilité civile, par Aude Denizot et Pauline Antoine

    Contes illustrés de la responsabilité civile, par Aude Denizot et Pauline Antoine, Louvain-la-Neuve, Larcier Intersentia, collection Petites fugues, 2025, 338 pages, 29 euros.

    Il était une fois un avocat qui adorait le kite-surf. Accroché à son cerf-volant, il virevoltait à l’envi, multipliant les tourbillons, les figures, les retournés. Lorsqu’il était dans les airs, il oubliait tout le reste, même les dossiers qui le hantaient la nuit. C’était sa seule façon de fuir le poids du quotidien.

    Un jour cependant, il fut imprudent. Alors qu’une bourrasque se levait, il oublia, c’était pourtant une règle de base de son sport, de se détacher. Distraction ou forfanterie ? Toujours est-il qu’il finit pas se fracasser sur une voiture qui se trouvait sur le parking de la plage. Il fut gravement blessé.

    Sérieusement handicapé par l’accident, il eut alors l’idée de prétendre qu’il avait été victime d’un accident de la circulation. Après tout, si la voiture stationnée n’avait pas interrompu son parcours fou, il aurait sans doute pu terminer sa course dans le sable, quelques dizaines de mètres plus loin. Un véhicule étant impliqué, c’était donc un accident de la circulation, et il devait être indemnisé comme un usager faible.

  • Le parfum du safran, par Michel Claise et Ali Amerian

    Le parfum du safran, par Michel Claise et Ali Amerian, Paris et Bruxelles, Genèse éditions, 2025, 216 pages, 22,50 euros.

     

    - Peut-être que cette fois… Peut-être que cette fois nous verrons un vrai changement.

    Reza hocha la tête, sentant cette fois l’espoir se mêler à la peur.

    - Oui, Monsieur Abbas, peut-être que cette fois, le vent tournera, mais une chose est sûre, ces jeunes-là, en Iran, ne reviendront pas en arrière. Ils ont brisé le silence.

    L’histoire repasse les plats. Alors que je lisais ce livre, qui raconte le soulèvement des femmes en Iran, à la suite du meurtre de Mahsa Amini par la police des mœurs, voici que le peuple iranien se révolte à nouveau. Cette fois pour des raisons économiques mais avec la même réaction du pouvoir : le massacre de sa population. Comment ne pas penser à nouveau au tristement célèbre premier ministre Adolphe Thiers qui, après avoir demandé qui étaient les émeutiers qui défilaient sous ses fenêtres et s’être vu répondre « C’est la France, Monsieur le premier ministre », répliqua « Qu’on la fusille ! » ?

    Il est vrai qu’aujourd’hui Monsieur Thiers a beaucoup d’émules…

    C’est à nouveau à quatre mains que Michel Claise a écrit Le parfum du safran, cette fois avec Ali Amerian, un avocat iranien réfugié en Belgique.

     

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