Prête-moi ta plume

  • Pirate n° 7, par Elise Arfi

    Pirate n°7, par Élise Arfi, Editions Anne Carrière, 2018, 184 p., 15 €.

    « Étais-je suffisamment à bout ? Il faut tout donner, puiser au fond de soi pour accéder à sa liberté de ton, se dégager enfin du regard des autres. Mais l’avocat n’est pas toujours prêt à sortir ses tripes sur la table, sur leur table, à leur audience. Face à un réquisitoire injuste, à des débats à charge, la colère peut monter et permettre le dépassement de soi…

    L’avocat laisse un peu de lui-même dans chaque salle où il a déposé sa simple parole. Il est parfois taxé d’outrance, s’il lui arrive de commettre des maladresses, de sonner faux, alors qu’au même instant il voudrait tout donner pour convaincre. Cette mise à nu est difficilement supportable… » .

    20 septembre 2011. Élise Arfi est secrétaire de la Conférence du stage du barreau de Paris. Débarquent de nulle part, ou plutôt du fin fond du Golfe d’Aden, sept Somaliens. Ils ont attaqué un catamaran qui croisait au large de leurs côtes, avec à son bord un couple de français. Lui n’a pas survécu à l’attaque. Elle a été prise en otage. Mais un vaisseau espagnol les a mis en déroute. L’otage a été délivrée. Les pirates ont été décimés. Il en reste sept. À la grâce d’une loi de compétence universelle (lorsque les victimes sont françaises), la France a réussi à en obtenir l’extradition.

  • Place de Bronckart à Liège – Petites et grandes histoires, par Olivier Hamal

    Place de Bronckart à Liège – Petites et grandes histoires, par Olivier Hamal, Presses Universitaires de Liège, 2018, 522 p., 29 €.

    « Il faut dire que, pendant toutes ces années de guerre, nous vivions extrêmement liés avec tous nos voisins, comme nous ne l’avons plus jamais été après et comme on peut difficilement se l’imaginer aujourd’hui.

    Il y avait d’abord la famille Dalimier qui habitait au n° 10. Entre nos deux maisons, c’était l’ancienne maison Firket (actuel immeuble de la Fédération liégeoise du parti Socialiste) qui avait été réquisitionnée par la Gestapo …

    Venaient se joindre à nos jeux, d’autres enfants du quartier dont Étienne et Eugène Firket dont le frère aîné était Charles Firket (futur associé de Jacques). Tous deux allaient être tués par la chute d’un V1 sur leur maison de la rue Charles Morren, en décembre 44. Charles fut le seul rescapé des enfants, parce qu’il logeait chez sa fiancée cette nuit-là … ».

    Émotion de découvrir, au hasard de la belle étude historico-sociologico-géographique qu’Olivier Hamal nous livre, des souvenirs comme celui-là, qu’il a extrait des mémoires familiales rédigées par mon grand-père et complétées par mon oncle.

  • La parole et l'action par Henri Leclerc

    La parole et l’action, par Henri Leclerc, Paris, Fayard, 2017, 508 p., 26,95€.

     

    « J’ai toujours voulu combattre pour la liberté, l’égalité et la fraternité, qui non seulement constituent la devise de la République, mais sont pour moi les piliers de la justice. Au demeurant, celle-ci n’est pas qu’un impératif moral et social. Elle est aussi une institution qui doit rendre juste la force nécessaire de l’État, et j’ai fait mon métier de défendre ceux qui la subissent ou la réclament. Si le juge qui punit est le gardien de la liberté, et le procureur qui poursuit celui de l’égalité, l’avocat, lui, veille à la fraternité : ‟Frères humains qui après nous vivez, n’ayez le cœur contre nous endurci”, lancent les pendus de Villon. J’ai plaidé pour tant de vivants avant qu’on ne les juge qu’ils font tous dans ma mémoire une farandole tumultueuse dont je n’ai livré que quelques images.

    Je sais que c’est pour moi l’heure du couchant, et je pense aux soirs de mon enfance dans ce Limousin où mes aïeux ont trimé pour survivre … C’est l’heure de se coucher, mais je sais que dans quelques heures, de l’autre côté, sur la montagne de Gaudeix, précédée par les lueurs fugitives de l’aube, l’‟aurore aux doigts de rose” triomphera de la nuit.

    Je crois au matin ».

    Quel parcours que celui d’Henri Leclerc, l’avocat de tous les combats, de la guerre d’Algérie à mai 68, des années de braise au Bataclan !

  • Expo 58 : l’espion perd la boule, par Alain Berenboom

    Expo 58 : l’espion perd la boule, par Alain Berenboom, Genèse édition, 2018, 271 p., 22,5 €.

    «Ce genre de spécialité n’attire pas ceux qui font l’université uniquement pour faire plaisir à leurs parents pleins de fric ou pour faire la bringue. Ne pas confondre la faculté de physique avec celle de droit »…

    Hé oui, Alain Berenboom n’a rien perdu de sa gouaille …

    Le fameux détective privé Michel Van Loo reprend du service. Cette fois, il est chargé d’infiltrer la Commission internationale chargée de surveiller le déroulement des travaux hydrauliques du pharaonique chantier de réalisation de la première exposition universelle de l’après-guerre. C’est qu’un meurtre a été commis sur le chantier, qui donne à penser qu’une puissance étrangère pourrait vouloir saboter le chantier. Et que son représentant à la Commission pourrait bien être l’agent double qui pilote ce sabotage.

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  • Mortelle transparence, par Denis Olivennes et Mathias Chichoportich

    Mortelle transparence, par Denis Olivennes et Mathias Chichoportich, Albin Michel, 2018, 198 p., 17 €.

    « Si on sait que potentiellement on peut être écouté et qu’on a rien à cacher, il n’y a pas de problème à être écouté ». Qui a dit cela ? Vladimir Poutine ? Hassan Rohani ? Xi Jinping ? Donald Trump ? Vous n’y êtes pas. C’est Benoît Hamon, le candidat socialiste à la dernière élection présidentielle française. Il faut croire qu’il y a des valeurs qui perdent de leur universalité…

    Et c’est précisément le propos de Denis Olivennes, chef d’entreprises dans le secteur culture et médias, et de notre confrère parisien, Mathias Chichportich (avoir trois « ch » dans son nom lorsque l’on veut traiter du secret, c’est ch… ouette) : nous sommes désormais fichés, écoutés, filmés, captés, épiés, enregistrés. Notre vie privée est devenue un vulgaire produit que s’arrachent les GAFA et les gouvernements. Il n’est pas loin le temps où, comme dans le 1984 d’Orwell, une « Police de la pensée » traquera jusqu’à nos rêves, nos désirs et nos pulsions. « La révolution démocratique a voulu rendre le pouvoir plus transparent au citoyen. Le monde totalitaire a tenté de rendre les citoyens entièrement transparents pour le pouvoir. La société postmoderne serait-elle celle de la transparence complète de chacun pour chacun ? Les prémisses d’un soft totalitarisme » ?

  • Le dictionnaire de ma vie, par Eric Dupond-Moretti

    Le dictionnaire de ma vie, par Éric Dupond-Moretti, avec Laurence Monsénégo, Kero, 2018, 228 p., 19,40€.

    « Hormis quelques interviews, il ne subsistera rien de mes plaidoirie, de mes trente-trois années de barreau. Là réside la beauté de ce geste éphémère, un brin magique : un homme se lève, en défend un autre puis repart. J’entre dans la vie des gens que je défends, je veux pouvoir en sortir ensuite. Du reste, rares sont les clients avec lesquels j’ai conservé des relations, peut-être y en a-t-il cinq … Je me suis engouffré par effraction, sur une injustice, j’ai fait le job, la personne tente de reprendre le cours ordinaire de sa vie : il est normal que je file ».

    C’est le destin des avocats. Mais celui-ci n’est pas n’importe quel avocat. Il a de la gueule, de l’indignation. Certains lui prêtent du courage. Il le réfute : « J’ai côtoyé une avocate tunisienne qui m’a dit admirer mon courage, ce à quoi j’ai répondu que lorsque je poussais un coup de gueule je ne risquais qu’un papier dans Libération, quand pour elle c’était la prison. Qu’aurais-je fait en 1942 ? Je n’ai naturellement pas de réponse, comme qui que ce soit d’ailleurs. Ma grand-mère paternelle a caché deux enfants juifs dans sa ferme du nord de la France, ça c’est du courage. Dénoncer une injustice, dire d’un juge qu’il se tient mal, d’un flic qu’il fait mal son boulot, ce n’est pas du courage, c’est la moindre des choses … ».

  • Le magasin jaune, par Marc Trévidic + Compte à rebours

    Le magasin jaune, par Marc Trévidic, JC Lattès, 2018, 320 p., 21,70€.

    Compte à rebours, 1. Es-Shadid, par Marc Trévidic, Matz et Giuseppe Liotti, Rue de Sèvres, 60 p., 15€.

     

    « Dans le magasin jaune, les jouets ignorent la peur. Ils ont connu tant d’invasions, tant de guerres, tant d’empire qui se font et se défont, tant de dictatures et de crime…

    Dans le magasin jaune, les jouets savent qu’il faut, à tout instant de la vie, se jouer de la mort ».

    C’est l’histoire d’un magasin de jouets, dans le Paris de l’entre-deux-guerres. Lui, Gustave, est jurassien. Elle, Valentine, est bretonne. Leur fille, que l’on surnomme Quinze, sera parisienne.

    Le père de Gustave a été tué à la guerre, le 10 novembre 1918. Ce n’est pas anodin.

    C’est d’abord l’histoire de la reconstruction, l’essor du magasin jaune, au sein d’un rue populaire de Montmartre, dont le poumon est Le coup du rouquin, l’estaminet du coin, animé par une sorte de colosse philosophe qui se fait appeler Socrate.

    Puis monte la menace, les extrémismes. Un jour de manifestation, un jeune homme ensanglanté se réfugie parmi les jouets, brisant la frontière entre rêve et réalité.

    Et arrive la guerre. 

  • Le déficit des années antérieures (fictions), par Eric Thérer

    Le déficit des années antérieures (fictions), par Eric Therer, Eastern Belgium at night, 2017, 56 p., 7€.

    « Attendu que dans le courant de l’année 1952, il fut procédé à la destruction de maisons bordant la Place Albert Ier et donnant sur le nouveau Boulevard Joseph Thirou dont le tracement avançait à bonne cadence.

    Qu’au début du mois d’avril 1952, un riverain du nom de Francis Kesteloot, propriétaire d’une de ces demeures, refusa qu’il soit procédé à la destruction de son immeuble alors que les immeubles voisins avaient déjà été en tout ou partie détruits.

    Qu’il fit dire au chef de chantier dépêché sur place qu’il n’entendait pas quitter sa maison et que malgré la présence des grues il ne libérerait pas les lieux ».

    Ce petit livre aurait aussi pu s’appeler « Nouvelles histoires ordinaires ». Un riverain qui refuse de quitter sa maison expropriée parce qu’il voue un culte morbide à sa femme décédée. La filature et la fouille de la résidence d’un homme au comportement intrigant. La descente sur les lieux d’un accident entre deux automobiles et un cerf de deux policiers incompétents. L’achat par une dame d’une paire de draps de lit qu’elle souhaite offrir à son fils, domicilié en Alabama et dont le beau-frère est membre d’un groupe portant des couvre-chefs.

  • Pourquoi libérer Dutroux ? par Bruno Dayez

    Pourquoi libérer Dutroux ? par Bruno Dayez, Ed. Samsa, 116 p,, 16 €,

    « Si nous continuons avec la même obstination à envoyer des hommes et des femmes en prison en refusant de voir ce qu'il en advient et qu'on les y laisse dépérir lentement mais sûrement, nous faisons preuve d'un aveuglement collectif qui engendre une bonne partie des maux dont nous disons pâtir. Qu'espérons-nous tirer comme véritable avantage du maintien en activité de ces lieux occultes où des milliers de personnes en sont réduites à l'état d'objet, complètement dépourvues de la plus petite possibilité d'agir sur leur propre destin ? La récidive que le public semble appréhender par-dessus tout, c'est le système carcéral qui la provoque en bonne partie. La condition pénitentiaire est à ce point aux antipodes de ce qu'est une existence authentiquement humaine qu'elle compromet durablement l'accession au statut d'homme libre qu'elle est théoriquement chargée de favoriser ».

     

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