Prête-moi ta plume

  • Huy, histoires singulières en 1066 et 1766. Parcours d'images , par Joseph George

    Huy, histoires singulières en 1066 et 1766. Parcours d’images, par Joseph George, Editions IdéeLumineuse, 2016, 147 p., 35 €[1].

     

    Les particularités de la charte-franchise du 26 août 1066 sont nombreuses :

    • La charte de liberté-franchise a d’abord été accordée dans une période de paix entre ceux qui ont contracté celle-ci.

    Ce fait est tout à fait remarquable dans l’histoire.

    La plupart des acquis au sein du moyen-âge seront obtenus par la suite d’insurrections, de guerres, de révoltes contre les diverses formes d’autorité.

    Il s’agira bien souvent d’arracher des libertés.

    Ce ne sera pas le cas à Huy.

    L’accord intervenu entre les bourgeois[2] représentant le pouvoir civil local, et l’évêque de Liège, représentant le pouvoir religieux, a été convenu en parfaite entente.

    • Qui dit contrat convenu amiablement dit également négociations.

    Il est certain que les clauses de la charte ont fait l’objet de négociations nécessitant de nombreuses réunions…

  • Juger mais 68 (3 petits livres d'Emmanuel Pierrat)

    Juger mai 68, suivi de J’ai choisi la liberté, par Emmanuel Pierrat, Paris, Points, 2018, 44 p., 3 €.

    Totalement amoral, suivi de Vive la France quand même, par Emmanuel Pierrat, Paris, Points, 2019, 46 p., 3 €.

    Vous injuriez une innocente, suivi de Si Violette a menti, par Emmanuel Pierrat, Paris, Points, 2018, 44 p., 3 €.

    L’évènement littéraire de la rentrée ? Beaucoup plus que cela sans doute… Qu’elle coïncide avec celle d’un livre est chose assez rare pour qu’on la salue… C’est un grand écrivain qui est en prison et dit son innocence et nos vérités avec des mots qui brûlent. L’y laisserons-nous ?

    Quelle curieuse histoire que celle de Pierre Goldman, demi-frère ainé d’un certain Jean-Jacques, fils de résistants communistes juifs (« Dans mon berceau, il y avait des tracts et des armes que l’on dissimulait », dira-t-il), étudiant militant qui, en 1966, attiré par l’odeur du Che, fit le voyage de La Havane, soixante-huitard, et pas des plus pacifistes, qui va se frotter ensuite, au Venezuela, avec la révolte et la révolution, puis revient en France trainer son ennui dans des milieux interlopes et des bars jamaïcains où il fréquente des personnages louches, dont d’ancien légionnaires qui se font appeler « les Katangais ».

  • Sur le bout de la langue, par Bertrand Périer

    Sur le bout de la langue, par Bertrand Périer, Paris, Jean-Claude Lattès, 2019, 194 p., 19 €.

    Un avocat, l’été, se présente en pantalon clair sous sa robe. Les juges sont visiblement choqués par cette liberté (il en est de très conservateurs). L’avocat, sentant que les juges ne l’écoute pas mais sont obnubilés par son pantalon : « Si la cour préfère, je peux l’enlever ».

    Cette anecdote est célèbre. Voici donc comment on la raconte à Paris. À Liège, le mot est attribué à Paul Tschoffen, dans des conditions plus précises. Il se serait présenté à l’audience, un samedi matin (hé oui, à cette époque, il y avait des audiences le samedi), en pantalon blanc car il allait disputer une partie de tennis immédiatement après celle-ci. La cour lui en aurait fait la remarque : « Maître, votre pantalon… ». Et il aurait répliqué : « La cour souhaite-t-elle que je l’enlève… ? ».

    Des bons mots de ce type vous en trouverez une bonne vingtaine dans cet ouvrage. Parfois attribué à des avocats, parfois non. Plusieurs d’entre eux sont de l’avocat genevois Marc Bonnant, avec lequel Bertrand Périer entretient une relation de maître à disciple. C’est lui qui, notamment, raconte : « Quand j’étais enfant, on disait de moi que je parlais comme un livre. Avant de m’en réjouir, je demandais qui étais l’auteur ».

  • Les dents de l'affaire et Tumultes et dérisions, de Corinne Poncin

    Les dents de l’affaire, par Corinne Poncin, Merlin, Les déjeuners sur l’herbe, 2015, 68 p., 10 €.

    Tumultes et dérisions, par Corinne Poncin, Merlin, Les déjeuners sur l’herbe, 2007, 64 p., 9 €.

    Deux fois par semaine, Ramin-Grobiss, dit RG, comme il aimait à s’entendre appeler ainsi, trônait sur son banc en attente des hauts faits dont il allait devenir la vedette. Comme il était plaisant de déverser un mépris prétendument humoristique sur les falots comparaissant devant lui ! Plus succulent encore lorsque la presse relayait ses feintes dans les Echos du Tribunal. Il était de bon ton de rire car cela détendait l’atmosphère. Pas pour celui qui était moqué, nié, mal entendu dans la vérité qui était la sienne : mais avait-il réellement son mot à dire ?

    Le haro bien-pensant se pratiquait régulièrement dans un sens bien établi : les tenants du pouvoir vers les tenus de l’adversité. Les misérables obtiendraient le prix fort de leurs écarts s’ils étaient en faute ou coupables et le prix faible s’ils avaient osé se plaindre d’un nanti. La justice de classe calculait avec une arithmétique aussi stupéfiante que particulière, et RG en était le champion le plus brillant…

  • Soeur, d'Abel Quentin

    Sœur, par Abel Quentin, Paris, Les Editions de l’Observatoire, 2019, 255 p., 19 €.

    Jenny a encore des haut-le-cœur devant ces vidéos irréelles, ces décollations expédiées en quelques gestes experts. Elle n’a pas encore réussi à faire taire sa pudibonderie de pisseuse, ce que les kouffars appellent humanité et qui est le cache-misère de leurs compromissions. Jenny regarde, hypnotisée, se repaît de ce cérémonial macabre. Les bourreaux cagoulés ont l’air de savoir ce qu’ils font, ils n’ont ni pieds fourchus, ni regards d’assassins mais des yeux pénétrants et le geste sûr, saisi par les caméras dernier cri de l’Etat islamique. Ils prennent leur temps, font le job, appliqués, consciencieux même, et Jenny ne perd pas une miette de cette besogne de garçon boucher. Il faut bien qu’une force supranaturelle anime ces types qui égorgent sans ciller, alors qu’ils fumaient encore du shit dans la banlieue de Lyon ou de Manchester il y a un an à peine. Ils le font sans plaisir, parce qu’ils sont les serviteurs dociles et les obligés d’Allah. Purifiés des scrupules, ces ruses du Chaytan pour arrêter le sabre qui partage l’humanité en deux, les hommes et les chiens, les porcs et les purs, nous et les autres. Jenny regarde. Jenny écoute. Pour une fois, elle veut être une bonne élève.

  • Pour une foi libre. Credo d'un laïc, par Réginald de Beco

    Pour une foi libre. Credo d’un laïc, par Réginald de Béco, Namur, éditions jésuites, 2019, 408 p., 24 €.

     « Si tu as été un terrible pécheur, avec tous les péchés du monde, et puis que tu es condamné à la peine de mort, et quand tu es là, tu blasphèmes, tu jures…, et au moment d’aller vers la mort, au moment où tu t’apprêtes à mourir, tu regardes le ciel et tu dis : ‘Seigneur !’ Où vas-tu, au ciel ou en enfer ? Au Ciel ! Seul va en enfer celui qui dit à Dieu : ‘ Je n’ai pas besoin de toi, je me débrouille seul’, comme l’a fait le diable qui est le seul dont nous sommes sûrs qu’il est en enfer ».

    Ainsi donc, selon le pape François, j’irai en enfer. C’est ainsi. Mais peut-être y serai-je en compagnie de Françoise Hardy puisqu’elle chante : « Ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire, je n’ai pas besoin d’un pape pour cela »… ?

    Avouons-le d’entrée : cette chronique est probablement la plus difficile que j’aie eu à écrire sous cette rubrique.

  • Sans destination finale, par Michel Claise

    Sans destination finale, par Michel Claise, Bruxelles, Genèse éditions, 2019, 216 p., 21 €.

    Nous poursuivrons notre travail sur la thématique du paradis perdu et du destin brisé. Avant de nous quitter, je vous offre deux citations d’un même auteur, Tahar Ben Jelloun : « Le destin est ce qui arrive au moment où on ne s’y attend pas ». Et « Le destin est plein de trous et la mort doit se trouver dans l’un de ces trous ». Passez de bonnes vacances.

    Celle qui parle, c’est Monica, jeune professeur de lettres à qui tout semble sourire. Malheureusement, elle ne se doute pas que ces phrases vont, quelques jours plus tard, s’appliquer à elle.

    Ce que nous conte Michel Claise, c’est une descente aux enfers. Comment une personne ordinaire peut déchoir, inéluctablement, se trouver précipitée à la rue, incapable de saisir les perches qu’on lui tend. Je ne sais si son histoire est inspirée de faits réels. En tout cas partiellement. Mais ce que je sais c’est qu’elle est vraie. Notre société est d’une dureté telle que certains d’entre nous n’ont, un laid jour, plus la force de résister. Alors le courant passe et les emporte, jusqu’à ce qu’ils échoient dans une rigole.

    http://latribune.avocats.be/sans-destination-finale-par-michel-claise/

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