Prête-moi ta plume

  • L'incroyable histoire des grands procès, par Jane Salmon-Fabiani et Philippe Bercovici

    L’incroyable histoire des grands procès, par Jane Salmon-Fabiani et Philippe Bercovici, Paris, Les Arènes BD, 2025, 312 pages, 26 euros.

    Que demandons-nous ? Rien autre chose que la Justice ne soit pas muette comme elle est aveugle. Y a-t-il une plus exécrable tyrannie que de verser le sang à son gré sans en rendre la moindre raison ? Ce n’est pas l’usage ! disent les juges. Eh ! Monstres, il faut que cela devienne l’usage ! Vous devez compte aux hommes du sang des hommes.

    C’est par ces mots que Voltaire demanda la révision du procès de Jean Calas, injustement condamné à mort (il fut roué puis brulé) pour le meurtre de son fils Marc-Antoine qui, selon toute vraisemblance, s’était suicidé. Mais voilà, Calas était protestant…

    L’affaire Calas mérite incontestablement de figurer dans un recueil consacré aux grands procès (il ne s’agit d’une « incroyable histoire » que parce que cette bande dessinée fait partie d’une collection dont tous les titres commencent par ces mots ; ils sont ici un peu incongrus).

    Des grands procès qui ont marqué l’histoire, Jane Salmon-Fabiani, avocate au barreau de Paris, en a sélectionné une bonne cinquantaine. Le premier est le jugement de … Salomon. Il est suivi des procès de Socrate, de Verrès et de Jésus. Puis l’histoire défile, jusqu’à Charlie-Hebdo.

  • Quand les avocats font l’histoire, par Emmanuel Pierrat

    Quand les avocats font l’histoire, par Emmanuel Pierrat, Paris, Albin Michel, 2022, 350 pages, 21,90 euros.

    Oui, c’est une noble et sainte mission que la nôtre, quand un homme est innocent, quand il est abandonné par les siens, renié par ses amis, maudit par tout le monde, de se placer près de lui et de le défendre, comme le prêtre qui s’attache au patient, et qui, à travers la clameur du peuple l’accompagne jusque sur l’échafaud et le renvoie absous devant Dieu ! Eh bien ! moi je m’attache à cet homme innocent ; au milieu des préventions et des murmures, j’élève la voix pour lui, et le renvoie absous devant les hommes… Et, vous, à votre tour, vous maintenant, messieurs, allez remplir votre devoir.

    C’est par ces mots que Chaix d’Est-Ange conclut, en 1835, sa plaidoirie pour Émile de La Roncière, lieutenant accusé du viol de la fille d’un autre militaire. Il sauvera la tête de son client mais celui-ci n’échappera pas à une condamnation à dix ans de prison.

  • Temps difficiles pour le droit, par François Ost

    Temps difficiles pour le droit, par François Ost, Louvain-la-Neuve, Bruylant, 2026, 244 pages, 70 euros.

    Il y a dix ans, François Ost écrivait un remarquable essai : À quoi sert le droit ? Il a suscité de nombreux commentaires et études. Mais, au moment de reprendre son ouvrage en vue d’une réédition, alors qu’il s’engageait dans la rédaction d’une préface, l’auteur a constaté que nous avions changé de monde. 2016 : année du Brexit et de la première élection d’un certain Donald. Ce qui était (encore plus ou moins) vrai il y a dix ans ne l’est plus aujourd’hui.

    Cet ouvrage en est, en quelque sorte, une photographie. Notre société a dû, pendant cette décennie, affronter la Covid, la guerre en Ukraine, la crise de Gaza (au moment où l’ouvrage a été terminé, il n’était encore question ni de l’enlèvement de Maduro, ni d’attaques contre l’Iran). Et, si nous regardons moins loin, en restant dans les frontières étriquées de notre petit pays, les constats ne sont guère plus réjouissants. Il n’y a plus d’argent que pour acheter des armes, la surpopulation carcérale a atteint des niveaux qui écrasent tous les records. Et, surtout, du point de vue qui nous occupe, l’État a pris le pli de ne plus respecter ni les lois qu’il a lui-même promulguées, ni les décisions de justice qui tendent à le contraindre à les appliquer, n’hésitant pas à saper nos fondements constitutionnels.

  • Plaidoyer pour la rhétorique, par Maurice Garçon

    Plaidoyer pour la rhétorique, par Maurice Garçon, Paris, Les belles lettres, 2026, 396 pages, 25,90 euros.

    Le véritable orateur n’obéit à aucune règle absolue. Tout en connaissant les ressources de son art et en les utilisant opportunément, c’est dans son génie propre qu’il trouve le moyen de créer l’œuvre de valeur.

    Quel que soit son talent, il ne peut cependant ne pas tenir compte de l’expérience de ceux qui ont poussé si loin l’étude de la rhétorique. Si aucune règle ne s’impose irrévocablement, leur connaissance facilite singulièrement l’effort créateur. Beaucoup de problèmes sont résolus à l’avance. Bien des difficultés sont aplanies. L’avocat qui ignorerait les procédés oratoires élémentaires, qui s’apprenaient jadis à l’école, demeurerait toujours un apprenti et ne sortirait pas d’une déplorable médiocrité.

    Quelle bonne idée d’avoir réédité l’Essai sur l’éloquence judiciaire de Maurice Garçon, qui fut certainement un des plus exceptionnels plaideurs du XXe siècle !

     

  • Contes illustrés de la responsabilité civile, par Aude Denizot et Pauline Antoine

    Contes illustrés de la responsabilité civile, par Aude Denizot et Pauline Antoine, Louvain-la-Neuve, Larcier Intersentia, collection Petites fugues, 2025, 338 pages, 29 euros.

    Il était une fois un avocat qui adorait le kite-surf. Accroché à son cerf-volant, il virevoltait à l’envi, multipliant les tourbillons, les figures, les retournés. Lorsqu’il était dans les airs, il oubliait tout le reste, même les dossiers qui le hantaient la nuit. C’était sa seule façon de fuir le poids du quotidien.

    Un jour cependant, il fut imprudent. Alors qu’une bourrasque se levait, il oublia, c’était pourtant une règle de base de son sport, de se détacher. Distraction ou forfanterie ? Toujours est-il qu’il finit pas se fracasser sur une voiture qui se trouvait sur le parking de la plage. Il fut gravement blessé.

    Sérieusement handicapé par l’accident, il eut alors l’idée de prétendre qu’il avait été victime d’un accident de la circulation. Après tout, si la voiture stationnée n’avait pas interrompu son parcours fou, il aurait sans doute pu terminer sa course dans le sable, quelques dizaines de mètres plus loin. Un véhicule étant impliqué, c’était donc un accident de la circulation, et il devait être indemnisé comme un usager faible.

  • Le parfum du safran, par Michel Claise et Ali Amerian

    Le parfum du safran, par Michel Claise et Ali Amerian, Paris et Bruxelles, Genèse éditions, 2025, 216 pages, 22,50 euros.

     

    - Peut-être que cette fois… Peut-être que cette fois nous verrons un vrai changement.

    Reza hocha la tête, sentant cette fois l’espoir se mêler à la peur.

    - Oui, Monsieur Abbas, peut-être que cette fois, le vent tournera, mais une chose est sûre, ces jeunes-là, en Iran, ne reviendront pas en arrière. Ils ont brisé le silence.

    L’histoire repasse les plats. Alors que je lisais ce livre, qui raconte le soulèvement des femmes en Iran, à la suite du meurtre de Mahsa Amini par la police des mœurs, voici que le peuple iranien se révolte à nouveau. Cette fois pour des raisons économiques mais avec la même réaction du pouvoir : le massacre de sa population. Comment ne pas penser à nouveau au tristement célèbre premier ministre Adolphe Thiers qui, après avoir demandé qui étaient les émeutiers qui défilaient sous ses fenêtres et s’être vu répondre « C’est la France, Monsieur le premier ministre », répliqua « Qu’on la fusille ! » ?

    Il est vrai qu’aujourd’hui Monsieur Thiers a beaucoup d’émules…

    C’est à nouveau à quatre mains que Michel Claise a écrit Le parfum du safran, cette fois avec Ali Amerian, un avocat iranien réfugié en Belgique.

     

  • Les poches cousues, par Michel Claise et Alain-Charles Faidherbe

    Les poches cousues, par Michel Claise et Alain-Charles Faidherbe, Paris et Bruxelles, Genèse éditions, 2025, 240 pages, 14,50 euros.

    - Monsieur le président, nous nous sommes réunis pour vous affirmer notre total soutien. Mais aussi pour vous convaincre de poursuivre votre combat, auquel nous nous associons. Vous ne pourrez le mener seul. Il faut que vous soyez assisté par au moins deux confrères qui interviendront dans toute procédure contre vous.

    Il doit être rare qu’un barreau se réunisse en assemblée générale pour affirmer ainsi un soutien total à un président de tribunal.

    Mais dans ce pays des Balkans, que les auteurs ne citeront pas, sauf à dire qu’il est candidat à l’Union européenne et à l’espace Schengen, c’est arrivé.

    Vous connaissez bien sûr Michel Claise, ancien juge d’instruction à Bruxelles et auteur de nombreux ouvrages palpitants déjà recensés dans cette rubrique.

    Celui-ci est particulier. Il est écrit à quatre mains. Il nous est cependant précisé que seul Michel Claise l’a rédigé mais en mettant en prose l’histoire que lui a racontée Alain-Charles Faidherbe. Et cette histoire, c’est la sienne, sous la seule réserve que son nom d’auteur est un « nom de protection », car il est toujours sous la menace des mafias qu’il a combattues toute sa vie.

     

  • A la vie (Entretiens avec Robert Badinter), par Darius Rochebin

    À la vie (Entretiens avec Robert Badinter), par Darius Rochebin, Paris, Gallimard, 2025, 112 pages, 15 euros.

     

    D.R. : C’est la pensée superbe de Pascal : « La vraie éloquence se moque de l’éloquence ».

    R.B. : Oui, vous plaidez le visage à nu.

    D.R. : Certains ne comprendront pas cette compassion. On s’émeut d’entendre la respiration de son enfant, le soir, dans la chambre où il s’est endormi. On écoute le souffle de la personne que l’on aime, la nuit, à côté de soi. Mais le souffle d’un criminel…

    R.B. : Il ne s’agit pas de compassion. Il s’agit de la part d’humanité qu’il faut défendre, jusque dans le pire des salauds. Torrès disait : «Tu défends l’homme, pas le crime ».

    D.R. : Y voyez-vous une dimension chrétienne … ?

    R.B. : Certainement pas. Cela n’a rien à voir avec l’amour chrétien. La défense est une action indifférente à la personne de l’accusé. Défendre, ce n’est pas aimer une personne. C’est aimer le principe de défendre. L’avocat doit défendre le coupable aussi bien que l’innocent. Comme le médecin, qui soigne pareillement l’un et l’autre. 

    Quelques mois avant la mort de Robert Badinter, Darius Rochebin l’a rencontré à plusieurs reprises, pour une série d’entretiens à bâtons rompus. Il en sort ce petit livre qui fait un peu figure de testament spirituel.

     

  • 38, rue de Londres (De l'impunité), par Philippe Sands

    38, rue de Londres (De l’impunité), par Philippe Sands, Paris, Albin Michel, 2025, 558 pages, 24 euros.

    La certitude qu’il n’existe nul endroit sur terre où les crimes demeureront impunis peut constituer un moyen efficace de les prévenir (Cesare Beccaria, 1764).

    C’est un vieux rêve. La fin de l’impunité.

    Et cela reste un rêve. Même si, parfois, on peut (a pu ?) saluer quelques frémissements…

    Comme à Londres, en 1998, lorsqu’Augusto Pinochet qui, sûr de l’immunité que lui conférait sa qualité d’ancien chef d’État, s’y était rendu pour y recevoir des soins, fut arrêté à la requête des juges d’instruction espagnols Juan Garcés et Baltasar Garzón.

    La nouvelle fit l’effet d’un séisme. Elle sonna le début d’un procès historique puisqu’elle amena finalement la Chambre des Lords à valider le mandat d’arrêt international délivré par Garzón.

     

  • Auprès de la source, par Géry Van Dessel

    Auprès de la source, par Géry Van Dessel, Angers, Saint-Léger éditions, 2025, 90 pages, 12 euros.

    Le poids de la mort

    Fait courber l’aurore

    Ceux-là aux regards de haine

    Amincissent l’azur qu’ils ignorent

    Ils s’asservissent eux-mêmes …

    Après Les chants et les jeux, Mûrissements et Le passage, Géry Van Dessel nous offre un quatrième recueil de poèmes.

    Il est un peu plus court que les précédents. Et un peu plus simple. Les illustrations de Magdalena Wlodarczyck se sont faites plus rares.

    Comme le titre du recueil l’indique, l’inspiration principale du recueil, son fil rouge, est la source, omniprésente et citée dans pratiquement tous les poèmes (une septantaine) qui nous sont ici livrés.

    La source nous abreuve, nous éclaire, nous fait progresser, nous fait (re)naître. Elle relie le jour à la nuit, elle unit la terre au ciel.

    Mais où est la source ? Qu’est-elle ? Géry Van Dessel nous laisse le soin de le déterminer. Il ne nous l’impose pas.

    A chacun la sienne, en quelque sorte.

     

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