Prête-moi ta plume

  • L'armistice se lève à l'Est, par Jean-Marc Rigaux

    L’armistice se lève à l’Est, par Jean-Marc Rigaux, Murmure des Soirs, 2018, 178 p., 16€.

    « Croyez-moi, monsieur le président, pour être un bon juge, il faut servir la loi, l’ordre en place et l’exigence des armes. C’est d’ailleurs ce que j’ai toujours fait. Simplement, aujourd’hui, je ne peux plus. Je ne dispose plus de cette énergie et de cette inertie combinées. Pardonnez-moi ».

    1919. Kassa la Hongroise est devenue Kosice la Slovaque, dans le fracas de l’effondrement de l’empire austro-hongrois. Le magistrat hongrois ne servira pas l’ordre tchécoslovaque nouveau. Par désenchantement plus que par conviction ? Ces hommes à qui l’on enlevait leur nationalité y perdaient-ils aussi une partie de leur âme ?

    Une histoire parmi onze autres.

    Onze histoire d’il y a cent ans, au moment où la grande boucherie s’est arrêtée, juste avant qu’arrive la grippe espagnole qui tua (peut-être, car comment faire réellement le décompte ?) plus encore que les hommes eux-mêmes.

    Avec son troisième recueil de nouvelles, Jean-Marc Rigaux atteint une belle maturité.

    http://latribune.avocats.be/larmistice-se-leve-a-lest/ 

  • Frontières, papiers, humains, par Sibylle Gioé

    Frontières, papiers, humains ! par Sibylle Gioé, Presses universitaires de Liège, Petite collection MSF, 2018, 134 p., 10 €,

    « Hannah Arendt, observant le procès d'Eichmann à Jérusalem, a défini la banalité du mal, non pas comme 'une théorie ou une doctrine mais (comme) quelque chose de tout à fait factuel, un phénomène de forfaits commis à une échelle gigantesque et impossibles à rattacher à quelque méchanceté particulière, à quelque pathologie ou conviction idéologique de l'agent, lequel se distingu(e) peut-être uniquement par une extraordinaire superficialité', c'est-à-dire non de la 'stupidité mais une curieuse et authentique inaptitude à penser' ».

    ...

    Sibylle Gioé lutte pour la défense de l'humain. Elle est sur tous les fronts, là où il faut combattre la souffrance. Mais d'abord auprès des étrangers, parce que c'est là, sans doute, que le mépris de notre condition commune est le plus pressant. Pourtant, « nous sommes tous des migrants ». Depuis, deux cent mille ans, l'homme n'a fait que se déplacer. Pourquoi, dès lors, cette tendance à se recroqueviller sur nos frontières ? Cette volonté de nous enfermer dans un coffre-fort, derrière des murs isolants ?

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  • Demain - Le Palais de Justice, par Jean-Pierre Buyle et Dirk Van Gerven

    Demain, Le palais de Justice, par Jean-Pierre Buyle et Dirk Van Gerven (dir.), Fondation Poelaert, Les Impressions nouvelles, 2018, 112 p., 29€.

     

    « Plus qu’un bâtiment, le palais de justice est un colosse dantesque ! Ce pilier monumental qui touche le ciel fait partie intégrante de la vie de la cité. Il est hanté de fantômes de marbre, de chair et de bronze. Tout y est démesuré : une superficie au sol de 26.000 m², 27 grandes salles, 240 salles plus petites, 1530 portes, 1513 fenêtres, 1700 radiateurs. C’est un patrimoine exceptionnel, un monument unique en son genre ».

    13 pulsions, Gérard Alsteens, Serge Baeken, Pascal Bernier, Delphine Boël, Cäät, Basile Cuvelier, Laurent Dandoy, Renaud De Heyn, Johan De Moor, Max de Radiguès, Serge Dehaes, Denis Deprez, Olivier Detroz, Kim Duchateau, Aniss El Hamouri, Michel François, Vincent Glowinski, Alain Goffin, Josse Goffin, Goldrajch et Rispens, Olivier Grenson, Ben Heine, William Henne, Anne Herbauts, Herre Seele, Jannin et Dal, Léopold Joris, Pierre Kroll, Marie-Jo Lafontaine, Pierre Lallemand, Pascal Lemaitre, Marec, Pascal Matthey, Karl Meersman, Ever Meulen, Denis Meyers, Steve Michiels, Jean-Luc Moerman, José Parrondo, Frank Pe, Émilie Plateau, Marie-François Plissart, Romain Renard, François Schuiten, Joris Snaet, Elsa Stubbé, Nicolas Vadot, Jean-Claude Wouters, Yslaire et Erlich.

  • Idiss, par Robert Badinter

    Idiss, par Robert Badinter, Fayard, 2018, 230 p., 22,85 €.

     

    « Un pays où l’on se déchire à propos du sort d’un petit capitaine juif est un pays où il faut aller ».

    Ce livre est-il, avant tout, l’histoire d’une profonde désillusion ?

    Idiss est la grand-mère de Robert Badinter. Elle vivait, au tournant des XIXe et XXe siècle, en Bessarabie, région aujourd’hui partagée entre la Roumanie et la Moldavie, mais qui appartenait alors à la Russie, au cœur de ce que l’on appelait alors le Yddishland, longue région frontière qui s’étendait de la Baltique à la Mer Noire aux confins de l’empire des Tsars.

    Il y avait les pogroms. Il y avait l’antisémitisme. Comme avant. Comme aujourd’hui.

    La France était le pays des droits de l’homme. D’un idéal fait de liberté, d’égalité et de fraternité.


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  • Pirate n° 7, par Elise Arfi

    Pirate n°7, par Élise Arfi, Editions Anne Carrière, 2018, 184 p., 15 €.

    « Étais-je suffisamment à bout ? Il faut tout donner, puiser au fond de soi pour accéder à sa liberté de ton, se dégager enfin du regard des autres. Mais l’avocat n’est pas toujours prêt à sortir ses tripes sur la table, sur leur table, à leur audience. Face à un réquisitoire injuste, à des débats à charge, la colère peut monter et permettre le dépassement de soi…

    L’avocat laisse un peu de lui-même dans chaque salle où il a déposé sa simple parole. Il est parfois taxé d’outrance, s’il lui arrive de commettre des maladresses, de sonner faux, alors qu’au même instant il voudrait tout donner pour convaincre. Cette mise à nu est difficilement supportable… » .

    20 septembre 2011. Élise Arfi est secrétaire de la Conférence du stage du barreau de Paris. Débarquent de nulle part, ou plutôt du fin fond du Golfe d’Aden, sept Somaliens. Ils ont attaqué un catamaran qui croisait au large de leurs côtes, avec à son bord un couple de français. Lui n’a pas survécu à l’attaque. Elle a été prise en otage. Mais un vaisseau espagnol les a mis en déroute. L’otage a été délivrée. Les pirates ont été décimés. Il en reste sept. À la grâce d’une loi de compétence universelle (lorsque les victimes sont françaises), la France a réussi à en obtenir l’extradition.

  • Place de Bronckart à Liège – Petites et grandes histoires, par Olivier Hamal

    Place de Bronckart à Liège – Petites et grandes histoires, par Olivier Hamal, Presses Universitaires de Liège, 2018, 522 p., 29 €.

    « Il faut dire que, pendant toutes ces années de guerre, nous vivions extrêmement liés avec tous nos voisins, comme nous ne l’avons plus jamais été après et comme on peut difficilement se l’imaginer aujourd’hui.

    Il y avait d’abord la famille Dalimier qui habitait au n° 10. Entre nos deux maisons, c’était l’ancienne maison Firket (actuel immeuble de la Fédération liégeoise du parti Socialiste) qui avait été réquisitionnée par la Gestapo …

    Venaient se joindre à nos jeux, d’autres enfants du quartier dont Étienne et Eugène Firket dont le frère aîné était Charles Firket (futur associé de Jacques). Tous deux allaient être tués par la chute d’un V1 sur leur maison de la rue Charles Morren, en décembre 44. Charles fut le seul rescapé des enfants, parce qu’il logeait chez sa fiancée cette nuit-là … ».

    Émotion de découvrir, au hasard de la belle étude historico-sociologico-géographique qu’Olivier Hamal nous livre, des souvenirs comme celui-là, qu’il a extrait des mémoires familiales rédigées par mon grand-père et complétées par mon oncle.

  • La parole et l'action par Henri Leclerc

    La parole et l’action, par Henri Leclerc, Paris, Fayard, 2017, 508 p., 26,95€.

     

    « J’ai toujours voulu combattre pour la liberté, l’égalité et la fraternité, qui non seulement constituent la devise de la République, mais sont pour moi les piliers de la justice. Au demeurant, celle-ci n’est pas qu’un impératif moral et social. Elle est aussi une institution qui doit rendre juste la force nécessaire de l’État, et j’ai fait mon métier de défendre ceux qui la subissent ou la réclament. Si le juge qui punit est le gardien de la liberté, et le procureur qui poursuit celui de l’égalité, l’avocat, lui, veille à la fraternité : ‟Frères humains qui après nous vivez, n’ayez le cœur contre nous endurci”, lancent les pendus de Villon. J’ai plaidé pour tant de vivants avant qu’on ne les juge qu’ils font tous dans ma mémoire une farandole tumultueuse dont je n’ai livré que quelques images.

    Je sais que c’est pour moi l’heure du couchant, et je pense aux soirs de mon enfance dans ce Limousin où mes aïeux ont trimé pour survivre … C’est l’heure de se coucher, mais je sais que dans quelques heures, de l’autre côté, sur la montagne de Gaudeix, précédée par les lueurs fugitives de l’aube, l’‟aurore aux doigts de rose” triomphera de la nuit.

    Je crois au matin ».

    Quel parcours que celui d’Henri Leclerc, l’avocat de tous les combats, de la guerre d’Algérie à mai 68, des années de braise au Bataclan !

  • Expo 58 : l’espion perd la boule, par Alain Berenboom

    Expo 58 : l’espion perd la boule, par Alain Berenboom, Genèse édition, 2018, 271 p., 22,5 €.

    «Ce genre de spécialité n’attire pas ceux qui font l’université uniquement pour faire plaisir à leurs parents pleins de fric ou pour faire la bringue. Ne pas confondre la faculté de physique avec celle de droit »…

    Hé oui, Alain Berenboom n’a rien perdu de sa gouaille …

    Le fameux détective privé Michel Van Loo reprend du service. Cette fois, il est chargé d’infiltrer la Commission internationale chargée de surveiller le déroulement des travaux hydrauliques du pharaonique chantier de réalisation de la première exposition universelle de l’après-guerre. C’est qu’un meurtre a été commis sur le chantier, qui donne à penser qu’une puissance étrangère pourrait vouloir saboter le chantier. Et que son représentant à la Commission pourrait bien être l’agent double qui pilote ce sabotage.

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  • Mortelle transparence, par Denis Olivennes et Mathias Chichoportich

    Mortelle transparence, par Denis Olivennes et Mathias Chichoportich, Albin Michel, 2018, 198 p., 17 €.

    « Si on sait que potentiellement on peut être écouté et qu’on a rien à cacher, il n’y a pas de problème à être écouté ». Qui a dit cela ? Vladimir Poutine ? Hassan Rohani ? Xi Jinping ? Donald Trump ? Vous n’y êtes pas. C’est Benoît Hamon, le candidat socialiste à la dernière élection présidentielle française. Il faut croire qu’il y a des valeurs qui perdent de leur universalité…

    Et c’est précisément le propos de Denis Olivennes, chef d’entreprises dans le secteur culture et médias, et de notre confrère parisien, Mathias Chichportich (avoir trois « ch » dans son nom lorsque l’on veut traiter du secret, c’est ch… ouette) : nous sommes désormais fichés, écoutés, filmés, captés, épiés, enregistrés. Notre vie privée est devenue un vulgaire produit que s’arrachent les GAFA et les gouvernements. Il n’est pas loin le temps où, comme dans le 1984 d’Orwell, une « Police de la pensée » traquera jusqu’à nos rêves, nos désirs et nos pulsions. « La révolution démocratique a voulu rendre le pouvoir plus transparent au citoyen. Le monde totalitaire a tenté de rendre les citoyens entièrement transparents pour le pouvoir. La société postmoderne serait-elle celle de la transparence complète de chacun pour chacun ? Les prémisses d’un soft totalitarisme » ?

  • Le dictionnaire de ma vie, par Eric Dupond-Moretti

    Le dictionnaire de ma vie, par Éric Dupond-Moretti, avec Laurence Monsénégo, Kero, 2018, 228 p., 19,40€.

    « Hormis quelques interviews, il ne subsistera rien de mes plaidoirie, de mes trente-trois années de barreau. Là réside la beauté de ce geste éphémère, un brin magique : un homme se lève, en défend un autre puis repart. J’entre dans la vie des gens que je défends, je veux pouvoir en sortir ensuite. Du reste, rares sont les clients avec lesquels j’ai conservé des relations, peut-être y en a-t-il cinq … Je me suis engouffré par effraction, sur une injustice, j’ai fait le job, la personne tente de reprendre le cours ordinaire de sa vie : il est normal que je file ».

    C’est le destin des avocats. Mais celui-ci n’est pas n’importe quel avocat. Il a de la gueule, de l’indignation. Certains lui prêtent du courage. Il le réfute : « J’ai côtoyé une avocate tunisienne qui m’a dit admirer mon courage, ce à quoi j’ai répondu que lorsque je poussais un coup de gueule je ne risquais qu’un papier dans Libération, quand pour elle c’était la prison. Qu’aurais-je fait en 1942 ? Je n’ai naturellement pas de réponse, comme qui que ce soit d’ailleurs. Ma grand-mère paternelle a caché deux enfants juifs dans sa ferme du nord de la France, ça c’est du courage. Dénoncer une injustice, dire d’un juge qu’il se tient mal, d’un flic qu’il fait mal son boulot, ce n’est pas du courage, c’est la moindre des choses … ».

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