Suivez mes commentaires sur l'actualité de la justice et des barreaux

  • La dernière audience, par Foulek Ringelheim

    La dernière audience, par Foulek Ringelheim, Bruxelles, Genèse éditions, 2021, 128 pages, 17,5 euros.

    La femme arrêta la voiture devant le commissariat de police. Elle alla déposer son fusil sur le bureau de l’agent de service et déclara : « Voilà. Je viens de tuer mon mari. » Elle frissonna enfin et se laissa choir sur une chaise. Elle n’était plus qu’une femme assise. 

    Des magistrats fornicateurs (bon, pas en salle d’audience certes, mais pas loin quand même : dans leur bureau ou dans la salle de délibérations), un greffier « sans paupières et à la bouche cousue » qui conserve son air de greffier même lorsqu’il est en slip de bain, des avocats fats et imbus. Et puis des meurtriers froids, des suicidés passionnés. Des hommes et des femmes confrontés à une justice d’hommes et de femmes…

    Dans la foulée de Boule de juif, les amis du regretté Foulek Ringelheim ont eu la bonne idée de faire éditer ce petit recueil de nouvelles grinçantes. Images d’une justice qui tourne parfois sur elle-même, d’une société qui engloutit et dévore ses membres. Images parfois joyeuses, cocasses, réjouissantes, parfois froides, implacables ou mélancoliques.

  • Timothée Mbuya, avocat en danger

    Timothée Mbuya est un avocat congolais.

    Le 31 juillet 2017, Timothée Mbuya a été arrêté, en compagnie de 6 autres personnes qui organisaient une marche dans le but but de déposer un Mémorandum auprès de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Haut–Katanga pour réclamer la publication du calendrier électoral conformément aux accords du 31 décembre 2016. Ils avaient été inculpés de « provocation et incitation à la désobéissance ». Timothée Mbuya fut, un mois plus tard, condamné à 8 mois de prison de ce chef.

  • Le livre de Maître Mô, par Jean-Yves Moyart

    Le livre de maître Mô, par Jean-Yves Moyart, Paris, Les Arènes, 2021, 384 pages, 20 euros.

    Oui, la ministre aurait dû être là et assister à cette audience, farcie de peines plancher dont celle-ci était l’apothéose. Nos brillants députés aussi, qui votent ce genre de choses ; ceux des magistrats que je connais qui pensent qu’être un gardien de l’application de la loi, c’est se contenter de l’appliquer sans nuances ; ceux de mes confrères qui, dès qu’elle est juridiquement applicable, baissent les bras ; et tous ceux, dans l’opinion publique, cette espèce de grande putain, qui osent soutenir ce type de décision uniquement sécuritaire ou censée l’être, sans réfléchir un instant à qui on va l’appliquer, et qui changeraient immédiatement d’avis si cette petite fille en ciré jaune trop grand était leur enfant ou leur sœur….

    Jean-Yves Moyart, alias Maître Mô, était avocat à Lille. Et aussi bloggeur et twitto. Il s’était attiré une belle audience (près de 70.000 followers sur Twitter, 20.000 visiteurs quotidiens sur son blog), séduite par la causticité, mais aussi la générosité, de ses chroniques extraordinaires de la justice ordinaire.

    Il est mort le 20 février 2021, à l’âge de 53 ans, emporté par cette saleté de cancer. Trois de ses compères de la twittosphère, Maître Éolas, Judge Marie et Éric Morain ont uni leurs forces pour faire éditer les plus belles de ses chroniques.

     

  • Elchin Mammad, avocat en danger

    Elchin Mammad est un avocat azéri âgé de 42 ans.

    Président de SULESY, une ONG qui fournit de l’assistance juridique gratuite aux familles à faibles revenus et aux organismes à but non lucratif, il est également rédacteur en chef du journal Yukselish Namine, spécialisé dans les matières touchant à la protection des droits humains.

  • L'homme qui voulait être aimé, par Georges Kiejman

    L’homme qui voulait être aimé, par Georges Kiejman et Vanessa Schneider, Paris, Grasset, 2021, 256 pages, 20 euros.

    Qu’est-ce qu’un bon avocat ? Plus de soixante ans après avoir commencé à exercer cette profession, je m’interroge encore tant la réponse est complexe, floue, multiple et incertaine. Peut-être pourrait-on commencer par tenter de définir ce que serait un mauvais avocat. Selon moi, quiconque se dirait « j’ai appris le droit, je vais l’utiliser pour me mettre au service de gens qui ne le connaissent pas, que ce soit dans des affaires civiles, commerciales ou pénales, et cela va me rapporter de l’argent », se trompe. Il connaîtra peut-être des succès, mais il ne sera jamais un grand avocat. Un « grand avocat », à supposer que ce statut existe, est quelqu’un qui, au-delà des personnes physiques dont il s’occupe, a le sentiment de servir une cause que l’on pourrait appeler la démocratie.

    De la différence entre le bon avocat, dont Georges Kiejman parle au début de cette période, et le grand avocat, dont il traite à la fin ? Être conscient que le métier que nous exerçons est inséparable de notre modèle de société.

    Georges Kiejman raconte. Vanessa Schneider, grand reporter au Monde, écrit. Avec une belle fluidité. Ce livre de souvenirs se lit tout seul, comme une chronique des soixante dernières années, et même un peu plus.

     

  • Mûrissements, par Géry Van Dessel

    Mûrissements, par Géry Van Dessel, Angers, Saint-Léger éditions, 2021, 122 pages, 17 euros.

     

    Maintenant sonne l’heure

    De ne pas rater sa sortie

    Tenté par les heurts

    Tu accuses l’un et l’autre,

    En cette fin de partie

    Ta pensée toute faite fermente en toi

    Tu fomentes dans un éclat net

    La source de leurs tracas.

    Mais qui suis-je pour juger

    Comme si je détenais la vérité ?

    Après Les chants et les jeux, Géry Van Dessel nous livre déjà un second recueil de poèmes.

    Ces quelques vers sont extraits du poème « Le jugement de Cyrano », l’un des cinquante poèmes que contient ce recueil. Mûrissements : comme le souligne Éric de Rus dans sa préface, c’est un terme à la fois dynamique et statique, selon qu’il désigne le chemin ou l’aboutissement.

    C’est manifestement dans le premier des deux sens qu’il faut le comprendre. Ce que Géry Van Dessel décrit, c’est le chemin.

     

  • Reinaldo Villalba, avocat en danger

    Reinaldo Villalba est un avocat colombien.

    Membre de la CCAJAR (Colectivo Jose Alvear Restrepo, une ONG dédiée à la défense des droits humains) depuis 27 ans, il se consacre à la lutte contre l’impunité et à la construction d’une société juste et équitable.

    En 2012, il assume la défense du député Cepeda, accusé par l’ancien président Uribe de diffamation. Après avoir fait écarter l’accusation, Reinaldo Villalba dépose plainte contre Uribe pour manipulation de témoins et faute procédurale. Il obtient son assignation à résidence.

Pages