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Lettre à mes juges / Lettre au procureur du Roi, par Bruno Dayez

Lettre à mes juges, par Bruno Dayez, Gerpinnes, Samsa, 2021, 46 pages, 8 euros.

Lettre au procureur du Roi, par Bruno Dayez, Gerpinnes, Samsa, 2022, 52 pages, 8 euros.

Ce qui m’intéresse, et qui est l’objet de ce petit livre, n’est certainement pas ce qui singularise tel ou tel, mais, au contraire, ce qui est de l’essence de juger que tous partagent à partir du moment où ils sont préposés à le faire. Car juger est un métier, ce dont personne ne s’étonne vraiment, alors qu’il ne va pas forcément de soi d’avoir comme travail rémunéré, non seulement de décider si chaque prévenu est coupable ou non, ce qui suppose d’être toujours dans le « vrai », mais aussi de punir équitablement, ce qui suppose d’être toujours dans le « juste ».

Par deux longues correspondances (ou petits livres), notre confrère Bruno Dayez s’adresse, d’une part, à « ses » juges, d’autre part, « au » procureur du Roi. Pourquoi cette différence ? Parce que, indique-t-il, tout en s’adressant à la totalité du corps, il n’a voulu évoquer que les juges devant lesquels il a « eu l’honneur de plaider ». Tandis que, pour ce qui concerne le ministère public, il parle à l’institution. Effet de son indivisibilité ? Convenons que cette question rhétorique est finalement peu importante.

Être juge, c’est donc endosser une énorme responsabilité : la recherche de la vérité et de la justice, l’acceptation de supporter le poids des attentes tant de la société que des justiciables. Et elles sont énormes. Il saute aux yeux que chacun attend nécessairement que « son » juge soit le « meilleur juge possible » tant la décision qu’il prendra a, pour les uns et, surtout, pour les autres, une importance cruciale.

Et c’est accepter ce poids quoique les conditions dans lesquelles il doit être supporté soient, tout bonnement, insupportables. Jugez – si j’ose dire – plutôt. Tout d’abord, les conditions matérielles dans lesquelles cette charge doit être endossée sont inadmissibles : locaux souvent à la limite de la salubrité ; assistance dérisoire, tant en moyens humains que techniques ; législations applicables de plus en plus énormes et changeantes et de qualité inversement proportionnelle ...

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