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Les murs sont des oreilles - Mot du président

Les murs sont des oreilles...

Et aussi des yeux, et aussi des mémoires !

La surveillance gouvernementale des masses n’est plus un fantasme, le produit de l’imagination débridée de Georges Orwell ou le cauchemar de fous judiciaires paranoïaques.

Nous savons maintenant que toutes nos communications téléphoniques, électroniques, télématiques,… sont interceptées, enregistrées, stockées, scannées.

Si elles ne sont pas écoutées, ce n’est pas parce que la technique ne le permettrait pas, mais seulement parce qu’il n’y a pas assez d’oreilles humaines disponibles.

Les logiciels et les machines qui permettent cet espionnage en grand sont de moins en moins chers, de plus en plus accessibles. Hier, seuls les services secrets des plus grands Etats pouvaient se les offrir. Aujourd’hui, ils sont à la portée de joyeux petits bricoleurs ingénieux. Si certains ne savent plus communiquer sans agiter leur camp, d’autres en jouissent, sans vergogne.

Le Conseil des barreaux européens (C.C.B.E.), dont, il faut le rappeler, le barreau belge est l’un des fondateurs et membres actifs, a décidé que le 10 décembre serait non seulement la journée internationale des droits de l’homme mais aussi la journée européenne de l’avocat.

Cette coïncidence est évidemment délibérée.

Les droits de l’homme sont consubstantiels de notre profession. Ou c’est l’inverse. Il s’agit de le réaffirmer, haut et fort, de proclamer et de démontrer le rôle essentiel que la profession d’avocat joue dans notre civilisation, pour la défense des droits fondamentaux.

Le thème de la surveillance gouvernementale de masse s’imposait comme une évidence pour cette première journée européenne de l’avocat, tant il est actuel.

Il n’est plus temps, aujourd’hui, de contester, de protester, de manifester ou, même, de hurler. La surveillance gouvernementale de masse est. Elle n’est pas éradicable.

Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les murs, mais aussi les téléphones, les micros, les ordinateurs, les tablettes, les GPS, les caméras, … qui ont des oreilles. Bien plus, qui sont des oreilles. Il faut le savoir. Il faut se comporter en conséquence. Tel est l’objet du débat qui aura lieu ce 10 décembre 2014, dans le cadre de la journée européenne de l’avocat, à l’auditoire Dupréel de l’ULB.

Olivier Bogaert, de la Computer crime unit, nous expliquera comment fonctionne la surveillance de masse, Gilles de Kerchove et Christiane Höhn, coordinateurs de l’Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, nous en expliqueront les raisons (et d’ailleurs l’impérieuse nécessité), Paul De Hert la confrontera à nos valeurs fondamentales.

Le débat sera introduit par une interview télévisée de Ben Wizner, de l’American Civil Liberties Union, un des avocats d’Edward Snowden. Cette interview télévisée est d’ores et déjà disponible. Vous pouvez la visionner en cliquant sur ce lien.

Il pose bien les termes du débat. Nous devons nous doter d’un corps de règles qui encadrent la surveillance gouvernementale de masse, qui lui interdisent de déraper.

Et nous, avocats, nous devons adopter des comportements prudents, attentifs, soucieux de la protection des confidences dont nous avons la garde.

C’est aussi un des défis majeurs auquel notre profession est confrontée.

Luttons,