Souvenirs d'un avocat (Mémoires de jean Van Ryn)
Posté le 18/06/2026
Souvenirs d’un avocat (Mémoires de Jean Van Ryn), Louvain-la-Neuve, Larcier-Intersentia, 112 pages, 29 euros.
L’indignation que cet hommage suscita dans une partie de la magistrature mérite que l’on s’y arrête. Elle témoigne d’une incompréhension singulière des relations sociales et aussi, sans doute, de la difficulté de juger les hommes sur leurs intentions autant que sur leurs actes. Elle est, par ailleurs de nature à donner quelques inquiétudes aux justiciables. L’étonnante certitude dont paraissent pénétrés certains magistrats[1] [1] d’avoir nécessairement raison, la sérénité avec laquelle ils peuvent prononcer une condamnation dont les conséquences seront injustes, tout cela n’est pas rassurant. Sans doute, comme le rappelait encore récemment M. le Procureur général Krings[2] [2], « le juge est et doit rester au-dessus de la mêlée ». On peut se demander, cependant si, par une étrange aberration, certains juges ne se placent pas, non seulement au-dessus de la mêlée, mais au-dessus de la société elle-même, comme des censeurs d’un rang supérieur, dans un isolement orgueilleux, propice à une autosatisfaction bien peu justifiée, comme l’a montré l’hommage public rendu à un homme qu’ils avaient durement condamné.
Ainsi parle le bâtonnier Van Ryn après la condamnation à 6 mois de prison avec sursis pour « corruption de fonctionnaire » de Monsieur Pepermans, un self made man parvenu, à force de persévérance, de compétence, d’abnégation et de dévouement, à la tête d’une des plus grandes entreprises de Belgique. Il avait eu le tort d’offrir quelques cadeaux d’entreprise à un haut fonctionnaire, avec lequel il avait d’ailleurs noué des relations d’amitié. Il ne supporta pas cette infâmie et mourut quelques mois plus tard.
[1] [3] En note subpaginale, Jean Van Ryn précise : Je me garderai bien de généraliser et d’étendre cette critique à toute la magistrature, ce qui serait profondément injuste.
[2] [4] Discours à l’audience de rentrée de la Cour de cassation du 1er septembre 1988, J.T., 1988, p. 490, n°2.
Souvenirs d’un avocat (Mémoires de Jean Van Ryn) | La Tribune [5]